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« Je refuse que nous soyons des êtres gavés aux courtes phrases politiques, simplistes, extrêmes qui pourraient nous faire tomber dans la marmite du populisme, de l’extrême, voire de la bêtise !» 

Cette rentrée politique de septembre 2022 se marque par des ovnis oratoires: des prises de parole sur les plateaux télé et via les réseaux sociaux qui sonnent comme une accumulation de petites phrases et d’expressions clivantes. Pour quel but? Très certainement choquer, interpeller, faire le buzz. Exister plus, tout simplement! Occuper l’espace médiatique est devenu un objectif premier pour beaucoup de personnalités politiques, au détriment du fond et de la pensée développée. Nous avons donc eu à la suite les débats sur les jets ski, les piscines, les barbecues, … Chaque débat s’est tenu sur un mot arrêté, sur une phrase coupée, sur une formule employée. Nous sommes collectivement habitués à ces faits et c’est bien le plus grave !

Il y avait la politique à la petite semaine, maintenant il y a la politique à la petite phrase. La petite phrase, un outil à utiliser intelligemment, à sortir efficacement, et, qui devient maintenant une norme indigeste. Ces petites phrases sont devenues tels des aliments qui se consomment et se digèrent aussi vite, pour laisser place à d’autres éléments. Des éléments toujours plus accusateurs, sanglants, accrocheurs, disruptifs, agressifs. L’espace médiatique est devenu le fast-food des petites phrases. Les mots, les paroles, les pensées s’accumulent et se consomment rapidement, pour laisser place à d’autres déclarations qui se mangent tout aussi vite et tombent dans l’oubli avec la même facilité. Le débat public risque de devenir un grand supermarché où les paroles prononcées sont des produits industriels. Où la quantité prime sur la qualité. Où tout n’est que slogan écrit en gros, chiffre crié en énorme et argument présenté en fluo !

Alors que le Président de la République a annoncé dans une récente prise de la parole la fin de l’abondance, il va falloir attendre pour assister à la fin d’une surenchère médiatique qui dure, dure, dure. Cette surenchère propre à des femmes et hommes de touts bords ne date pas d’hier. Depuis l’arrivée des réseaux sociaux et de twitter en particulier, marquer les esprits par un message court, impactant et clivant devient une des normes de la communication politique. Ce phénomène date d’une période: celle de la limite des 140 caractères, mise en place par twitter, avant de passer à 280. À cette période il fallait faire très très court, très très disruptif et toucher les émotions des nombreux utilisateurs. Le but ? Créer de l’interaction et monter dans les tendances du moment. Être en haut du classement, être dans le top des petites phrases. Aujourd’hui des rumeurs et des articles prédisent un changement et une non-limitation de caractère sur twitter pour que chacun puisse écrire des articles, des textes plus longs. Objectif ? écrire plus de longs raisonnements et affirmer des pensées complexes. Cela n’y changera rien, le mal est déjà fait.

En cette rentrée politique de septembre, nombreux sont ceux qui ont voulu exister avant d’autres, nombreux sont ceux qui ont voulu prendre de court, nombreux sont ceux qui ont voulu utiliser tous les espaces vides pour s’y engouffrer. Cette année, les rassemblements politiques, les universités d’été, les rassemblements de mouvements et de partis politique ont été l’occasion, encore, de tester des punchlines, d’aiguiser les couteaux. Mais si certaines personnalités politiques respectent encore une trêve estivale, ce n’est pas le cas de tout le monde. Beaucoup souhaitent ne pas attendre, prendre de court leurs concurrents. Comme si faire rapide et concis était devenue une bonne façon de mieux toucher ces adversaires.

 Les stratégies mises en place par certains élus et personnalités ne peuvent que faire du mal au débat et à sa qualité réelle! En interrogant 20 personnes ces derniers jours, je me suis aperçu que la majorité est lassée. 12/20 affirment ne plus suivre les polémiques éphémères et indigestes, tandis que 16/20 de ces mêmes personnes pensent que cela ne peut que faire encore grandir le fossé entre des élites politiques et les citoyens électeurs.De plus, il est intéressant de constater que les personnalités politiques présentées comme étant aux extrêmes surfent plus que les autres sur des vagues de paroles simplistes et réductrices. Ces même personnalités qui revendiquent le droit à ne pas être présentées comme extrémistes tombent rapidement et facilement dans leur propre caricature. Car pour exister dans le temps et la durée il faut prendre le risque de ne pas faire grand échos facilement et rapidement. C’est toute la crédibilité du politique qui est en jeu. La violence est devenue une arme sur les réseaux sociaux comme dans les médias. Les deux médiums se rapprochent subtilement de jour en jour. Les buzz se font sur les chaînes de télévision, se poursuivent sur les réseaux sociaux. D’autres buzz se montent sur les réseaux sociaux afin de trouver une résonance sur les matinales des chaînes de télévision.

Cette surenchère ne peut nous amener qu’à un déclin de démocratie et de vivre ensemble. Le discours politique doit retrouver une forme de noblesse, d’élégance et de pensée construite et développée. De nouveaux espaces de communication politiques, de nouveaux réseaux sociaux où la valeur du temps serait une norme importante doivent être montés. Aujourd’hui les jeunes générations souhaitent être en accord avec leurs propres valeurs dans les projets qu’ils montent, dans les espaces de liberté qu’ils occupent. Notre responsabilité, collectivement est de ne pas tomber dans un cycle interminable où la polémique du moment est plus forte que la vision détaillée. La complexité du monde, de notre société, des enjeux actuels et futurs ne peut se résoudre par une simplification des causes et des conséquences. Or, aujourd’hui déjà, les livres, les documents écrits, les podcasts sont des outils formidables afin de se nourrir de pensées qui enrichissent.

« Notre pensée ne se délègue pas !»

 La parole, le discours prononcé sont une forme de pouvoir. Ce pouvoir, les jeunes notamment doivent s’en saisir et ne pas laisser des élites en avoir seuls le monopole. Des élites qui ont seules la parole, c’est une conséquence des débats du type: une phrase répondant à une autre phrase. Un concept contre un autre concept. Un mot contre un autre mot. Un langage binaire trop simple qui a pour effet d’appauvrir la réflexion. Cette réflexion doit se vivre individuellement et collectivement dans des espaces privés, publics, digitaux et physiques. 

La société doit se doter de nouveaux forums où le temps est une ressource utilisée pleinement pour que chacun se nourrisse sainement de la pensée des autres. C’est peut-être une utopie pour certains, mais un désir pour beaucoup d’entre nous.

Baptiste Vasseur

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