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Un manifeste de plusieurs pages, qui ne cherche pas à être contre mais bien POUR, pour un modèle plus humaniste.

Ce texte pose, en premier lieu, un constat lucide est clair sur la situation actuelle de notre pays. Ce rappel nécessaire doit tous nous engager à mesurer nos propos et à prendre la pleine conscience des enjeux graves auxquels nous avons à faire face. Le message affiché est clair : dans une période d’incertitudes, de risques de basculement vers des extrêmes, de doutes, de craintes, une belle gauche doit exister et ouvrir vers l’espérance et une dynamique de progrès. Un message qui parle d’une autre façon d’envisager le collectif et une capacité à penser l’avenir ensemble. Quatre colonnes, quatre défis sont ainsi présentés tous liés à des solutions urgentes : lutte contre l’inégalité, défi écologique et climatique, réancrage républicain de la Nation et réparation de l’État. Dans cette première partie, sous forme d’introduction, je suis donc heureux de lire (c’est assez rare pour le souligner) l’idée d’intelligence collective.

Ces derniers jours nous avons été plus habitués (dans les médias et sur les réseaux sociaux) à des débats lancés par des petites phrases que des discours complets et qui donnent à réfléchir. Les ambitions des uns et des autres sont bien sûr justifiées et ont leur place dans le débat public, mais elles ne doivent pas être seules et uniques. C’est pour cela que ce manifeste, par son discours différent, déplaît déjà à une partie de la gauche. Critiqué aussi, sauvagement parfois, par nombreux de responsables et militants politiques, de touts bords. C’est bien normal me direz-vous, car c’est un discours nouveau et nécessaire pour la gauche et pour le débat public. Un discours attendu par de très nombreuses personnes qui se sentaient oubliées, mises de côté. C’est un long texte qui affirme une pensée jusqu’ici absente, c’est un souffle nouveau qui se diffuse et qui apporte une nouvelle pierre au débat démocratique. Lorsqu’on aime le débat, on aime la confrontation des idées et des pensées. Lorsqu’on est de gauche, on revendique le droit à la différence. On accepte la diversité, la pluralité et on aime se nourrir de la pensée des autres.

Attardons-nous à présent, en quelques mots, sur cette notion d’intelligence collective. Partons, nous aussi d’un constat: la rentrée politique 2022 s’est faite par des réunions, des rendez-vous, des universités où chaque organisation a vanté ses mérites, ses victoires, ses ambitions. Pourtant il y avait, jusqu’à aujourd’hui, à gauche, un espace resté vide. Cet espace trouve à présent une résonance, un écho, une réflexion. Car si ce manifeste ne solutionne pas tous les problèmes et ne correspond pas à l’ensemble des courants de pensées de gauche, il a le mérite de reposer deux piliers essentiels à notre démocratie: la diversité de méthodes, d’organisation et la responsabilité de proposer des solutions crédibles et efficaces. Car si la gauche pendant des années n’a plus trouvé le respect et l’écoute essentielle auprès de milliers de nos concitoyens, pour monter plus haut en responsabilité (comme ce fut le cas à plusieurs reprises), c’est parce qu’elle n’a pas été assez en capacité de penser local et global. Car elle a pu oublier d’être en phase directe avec la vie quotidienne des françaises et des français. Car elle a fait beaucoup de sociétal et moins de social… Elle n’a sans doute pas assez travaillé, réfléchi, porté une pensée lucide et en phase directe avec nos vies quotidiennes et les insécurités grandissantes. Cette intelligence se veut ici collective ET positive, car la seule force qui souhaite nous faire croire qu’elle est la seule gauche aujourd’hui, La NUPES, oublie un peu plus chaque jour qu’elle n’a pas le monopole du collectif. Une partie des adhérents, sympathisants, penseurs de gauche ne se reconnaît pas dans ce fourre-tout, cet espace où seuls les figures et les responsables parfois autoproclamés occupent la scène médiatique et politique faisant passer les visages avant les maux. Tout aujourd’hui risque de devenir posture, buzz et stratégie de court terme. 

Ouvrir une porte qui était fermée : 

Les signataires sont nombreux, j’en fais partie. Car les mots résonnent en chacun : intelligence collective, humanisme de gauche, démocratie représentative, lutte contre les inégalités, refaire Nation, lutte contre le réchauffement climatique, contrat social, ascenseur social, revalorisation des salaires, affirmation de la République face aux séparatistes, laïcité, bien-être des salariés, sortir de la logique comptable des réformes des retraites, ambition pour la planète, promotion du renouvelable, modernisation du nucléaire, réduction des consommations d’énergie, Union européenne, puissance publique, transformation sociale, associations, éducation populaire, culture et territoires. C’est sur ce dernier point que je souhaite m’attarder car c’est un élément important de ce manifeste. Ce pacte de confiance avec les collectivités territoriales est affirmé clairement, rendant au passage hommage à toutes celles et ceux engagés, au quotidien, dans les mairies, dans les intercommunalités, dans les départements et les régions. Tous les élus du quotidien, tous les élus de terrain de plus en plus violentés et agressés sur internet comme dans la rue. La décentralisation affichée comme une bonne voie me donne le sourire. «  La décentralisation est une démocratisation. Elle n’affaiblit pas l’État, elle est même le levier indispensable de la réindustrialisation de notre pays et donc de sa souveraineté, en s’appuyant notamment sur l’excellence des régions ». Dans un précédent écrit publié sur La France Courage, «  les prochains députés devront défendre nos régions » je parlais de cette vision pour les territoires et des pouvoirs confiés aux régions. Nos identités régionales sont fortes, nos régions sont le patrimoine de la France et leurs compétences, renforcées au fil du temps. Elles sont de forts acteurs pour changer la vie de chacun. Mais qui, au quotidien parle vraiment de cela ? Nous savons tous que Paris décide, que Paris ordonne, nous le voyons encore aujourd’hui avec les conseils de défense qui s’accumulent et se suivent pour encore laisser courir cette petite musique que tout se décide à quelque-uns, entre quatre murs.

Nombreux sont ceux qui disent déjà que ce manifeste est imparfait. Nombreux trouveront qu’il n’est pas assez radical, tranchant, batailleur. Je crois au contraire que « renverser la table » n’a jamais fait et ne fera jamais une belle promesse. Je crois que cet espace où la réalité et la vie quotidienne s’incarnent en est une meilleure. Une route pour tenter de changer en mieux la vie des gens. Pas de promesses intenables, pas de blabla ou de coups de baguettes magiques, car au final cela ne peut amener que la déception et l’échec dans l’esprit de chacun. Aujourd’hui nous avons ceux d’un côté qui nous pondent la théorie du grand remplacement et ceux de l’autre la théorie du grand renversement. Au milieu s’agitent des responsables coupés de la vie réelle, de la réalité de nos campagnes, de nos petites communes, des problèmes du quotidien que vivent des françaises et des français. Car ce dont je suis certain c’est qu’en lisant ce manifeste, nous pouvons tous comprendre que ce qui est affirmé: une autre voix – voie est possible ! 

Baptiste Vasseur

 

 

 

Crédit photo : Mathias Reding